Sujets de société

Les autres

Utopie

Frédéric reposa la seringue sur le chariot. Sa journée de travail était terminée : 50 patients vaccinés contre la Covid ce jour, c’était pas mal. Ses chefs seraient contents de lui. Encore cinquante naïfs sous contrôle, avec une puce électronique injectée dans le bras, qui permettrait au Service Contrôle Population de pister tous ces gens. On en avait enfin fini de ces libertés à tour de bras, réclamée par une population avide d’autonomie. Le prétexte d’une grippe sans gravité leur avait permis, en 2020, de lancer sur le marché ce nouveau produit permettant d’assujettir les plus récalcitrants. D’ici quelques mois, les sociétés pharmaceutiques pourraient vendre leur pilule du bonheur à tous les gouvernements. Les quelques dirigeants aux commandes allaient d’ailleurs se réunir à Davos, la semaine prochaine, pour discuter de la répartition de ces bénéfices.

Dystopie

Vanessa était épuisée. Trois jours qu’elle n’avait pas pu dormir. Les malades arrivaient par camions entiers. De ceux qui n’avaient pas voulu se faire vacciner contre la Covid. De ceux aussi qui avaient cru les vérités assénées à longueur de journée par des charlatans. Les chiffres étaient alarmants : nonante pour cent de contaminés, une mortalité en hausse de 50 % depuis la cinquième vague, en fait rien de rassurant. A ce rythme, on allait dépasser, en nombre de victimes, la pandémie de grippe espagnole de 1918. Allait-on assister à un revirement de situation dans les mois à venir ? Peut-être, mais il serait déjà trop tard. D’ailleurs la rumeur se propageait insidieusement que l’essence de pissenlit pouvait guérir ce mal insidieux. Le cours de cette huile était d’ailleurs en train de crever les plafonds.

Qui a raison

Je vous laisse placer le titre où vous le voulez. Pour vous-même s’il vous plait. Il est un peu trop facile, vu la connotation négative du terme dystopie, d’en accuser les autres. La réalité, de toutes façons, n’est probablement pas aussi caricaturale … Pas sûr. En tout cas, il y a des contre-vérités dans les deux scénarios, cela c’est sûr.

Les erreurs de Frédéric

Ah la théorie du complot, elle est comme le phœnix, elle renait toujours de ses cendres. Mais, au fait, pourquoi choisir le vaccin pour dominer le monde ? Pourquoi opter pour une si grande difficulté ? Rendez vous compte qu’il a fallu faire travailler des dizaines de milliers d’employés tous inféodés à un seul et même complot. Dur, dur. On aurait pu, au hasard, choisir les réseaux sociaux par exemple. Facebook à lui seul, représente plus de 4 milliards d’individus. Et qui sont tous volontaires … Même pas besoin de leur injecter un circuit dans le sang, ils font tout ce qu’on leur dit. Et Facebook n’est que le troisième géant de ce type, au classement du nombre de visites. Entre parenthèses, cette liberté sacrifiée ne choque personne.

Mais non, ce ne sont pas les réseaux sociaux qui sont les instigateurs de cette volonté de contrôle, ce sont les pharmas. Ce a quoi je réponds que les egos de tous ces grands se valent bien. Pour mémoire le combat des chefs, en tout cas relayé par la presse, entre Jeff Bezos et Richard Branson pour la première place dans l’espace. Vous pouvez entièrement faire confiance à l’orgueil humain, le péché préféré du diable 😉

Les erreurs de Vanessa

Capable du meilleur comme du pire, dans ce scénario Vanessa ne se serait jamais retrouvé toute seule pour aider ces pauvres malheureux. Il est également dans la nature humaine de vouloir sauver son prochain, quelquefois même contre son gré.

Et donc, pour la postérité

Comme vous pouvez le constater, j’ai clairement un parti pris dans ce débat et je l’assume. Pour enfoncer encore le clou, je vous propose d’autres parallèles avec la pandémie de 1918.

Les geste barrières étaient les mêmes et pourtant cela n’a pas suffi. Entre 50 et 100 millions de morts pour une population mondiale de moins de 1,9 milliards d’individus. Ramenez cela à la population d’aujourd’hui, cela ferait environ entre 200 et 400 millions (de morts). Même si comparaison n’est pas toujours raison, c’est très cher « payé » une immunité collective. Oui, oui, la mortalité de la grippe de 1918 était autrement plus grave que la covid. Pourtant, en regardant dans le rétroviseur, les premiers symptômes étaient les mêmes. Ce qui paraissait exagéré à l’époque s’est révélé insuffisant, et c’est probablement cela, la leçon de l’histoire.

Les antivaccins, anti-masques et autres devraient d’ailleurs se renouveler, ce mouvement existant déjà en 1918, à San Francisco[1]. Le même mouvement que celui d’aujourd’hui, prônant l’immunité collective acquise par la maladie. L’histoire se répète et nous n’avons rien appris. Même pas le fait que les grands de ce monde n’ont pas pris le contrôle. L’ont-ils tenté, je vous laisse juge car il s’agit effectivement d’un autre débat, plus nuancé …

Une parenthèse en faveur des antis, maintenant. Nous parlons de chiffres, nous évoquons et interprétons des statistiques, mais au bout du compte, il s’agit d’êtres chers à quelqu’un. Une efficacité vaccinale de 97 % fait malgré tout 3 morts sur cent personnes traitées. Et un mort dans ma famille, c’est un échec de 100 %. En s’adressant aux survivants, nous devrions garder cela présent à l’esprit. Là c’est la différence entre une science intégriste et une humanité de bon aloi


[1] Lire https://fr.wikipedia.org/wiki/Grippe_espagnole, rubrique gestes barrières

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