Ne vous laissez pas abuser par le bruit ambiant, celui-ci est gĂ©nĂ©rĂ© par une toute petite minoritĂ©. MinoritĂ© raciale, minoritĂ© sexuelle, minoritĂ© sociale, etc. Parce que le portevoix que leur offre les rĂ©seaux sociaux en particulier, et lâinternet en gĂ©nĂ©ral, multiplie leurs clameurs. Mais pas seulement. Nous sommes, nous autres, coupables du silence assourdissant qui nous cache. Qui parle aujourdâhui au nom de cette majoritĂ© appelĂ©e, Ă juste titre, silencieuse ? Personne ⊠Qui dĂ©nonce les clivages dans lesquels nous sommes enfermĂ©s ? Et oĂč est passĂ©e la notion de compromis, de dialogue, dâĂ©change qui, pendant des dĂ©cennies, a permis Ă lâhumanitĂ© de grandir ? Je me sens en tout cas mal Ă lâaise dans ces luttes « confessionnelles » âŠ
Clivages obligatoires, vraiment ?
Outre le fait de lâamplification du bruit ambiant par les rĂ©seaux, le spectacle des dĂ©bats a bien changĂ© depuis ma jeunesse. Je ne dis pas que câĂ©tait mieux avant, non. Car lâesclavage, les persĂ©cutions de lâhomosexualitĂ©, la discrimination des femmes, etc. sont des taches douloureuses de notre passĂ©. Et qui le sont probablement encore aujourdâhui, car nous avons de la peine Ă les effacer. Mais en parallĂšle, comme pour sâen laver les mains, le politiquement correct a pris le dessus. On ne parle plus que de la dĂ©fense des minoritĂ©s la majeure partie du temps. Pas pour protĂ©ger les individus, mais au nom de grands principes qui nous permettent dâavoir bonne conscience.
On ne parle plus que de la dĂ©fense des minoritĂ©s la majeure partie du temps. Pas pour protĂ©ger les individus, mais au nom de grands principes qui nous permettent dâavoir bonne conscience.
La défense du vivant, vraiment ?
Parmi les exemples qui me tiennent Ă cĆur, la dĂ©fense du vivant est en bonne place. En dâautres mots, lâavortement. Dâabord, quelques paradoxes. Ce sont les mĂȘmes qui dĂ©fendent la vie Ă tout prix, et qui condamnent Ă mort. Et qui dĂ©fendent bruyamment le port dâarmes. Qui laissent une future maman mourir faute de soins. Des positions que je ne peux pas dĂ©fendre. Comme celles qui passent Ă lâacte juste par confort. Ou qui proclament les grands principes de la libertĂ© de choix : câest mon corps, jâen fait ce que je veux. Depuis quand notre naissance a dĂ©pendu de notre volontĂ© ? Mal Ă lâaise je vous dis âŠ
La lutte contre lâantisĂ©mitisme, vraiment ?
Je sais, câest chaud, mais si vous mâavez suivi jusque-lĂ , vous ĂȘtes capable dâentendre la suite. Dans ce conflit israĂ©lo-palestinien, il nây a pas moyen de transiger. Soit vous ĂȘtes pour les palestiniens et vous ĂȘtes taxĂ© dâantisĂ©mite, car vous excusez lâhorreur du 7 octobre, soit vous ĂȘtes pro israĂ©lien et vous excusez la colonisation rampante et violente. Je ne veux pas choisir une horreur plutĂŽt quâune autre, et cela me met en porte-Ă -faux face Ă toutes vos certitudes. Car je ne vois pas en quoi ĂȘtre anti israĂ©lien fait de moi un antisĂ©mite. Câest comme si, en Ă©tant anti amĂ©ricain, je me faisais taxer dâanticlĂ©ricalisme : cela nâa rien Ă voir. Encore plus mal Ă lâaise, je vous dis âŠ
Plus de prospérité, vraiment ?
Ah le PIB, quelle belle invention. LĂ encore, rien nâest tout noir ou tout blanc. Mais les indicateurs qui nous sont servis Ă longueur de journĂ©e ne reprĂ©sentent quâune partie de la rĂ©alitĂ©. Jâai dit rĂ©alitĂ©, pas vĂ©ritĂ©. Pour certains, il suffirait dâaugmenter le PIB pour atteindre le bonheur. Il faudrait faire confiance aux marchĂ©s pour satisfaire tout le monde. Vous avez devinĂ© ? Cela me met mal Ă lâaise, encore. Une caricature qui exprime ma pensĂ©e : augmentez le salaire dâElon Musk de 10 %, et le PIB des USA aura augmentĂ© de 1%. Cela reprĂ©sente parfaitement le niveau de vie moyen des amĂ©ricains ! ArrĂȘtons dâutiliser des chiffres qui ne veulent rien dire, sauf pour ceux qui profitent de ces 10%. La gauche de lâĂ©chiquier, par contre, voudrait tout leur prendre, sans Ă©gards aux idĂ©es et aux efforts consentis. Le rĂȘve amĂ©ricain interdit, en quelque sorte ⊠Toujours aussi mal Ă lâaise
LibertĂ© dâexpression, vraiment ?
Pour le coup, je dois avouer en avoir profitĂ© ici mĂȘme. Car il existe bien des contrĂ©es oĂč ce genre de propos ferait scandale. Pourtant ce droit est le prĂ©texte, du moins par chez nous, dâengranger plus de pouvoir et plus dâargent. Une institution tel X (ex twitter comme ils aiment Ă le rappeler Ă chaque instant, au cas oĂč on se serait perdu) poursuit un seul objectif : augmenter sa frĂ©quentation. Quitte Ă en appeler Ă la haine, les plus bas instincts de lâĂȘtre humain ayant toujours Ă©tĂ© au bord de nos lĂšvres. Notre animalitĂ© nâa jamais disparu, elle Ă©tait plus ou moins contrĂŽlĂ©e par le niveau de civilisation. Entre les abus de pouvoir dâune censure dâune part et dâun appel aux instincts primaires de lâautre, jâaimerais bien trouver un juste milieu qui me mette moins mal Ă lâaise.
Modération, vraiment
Je pourrais continuer Ă dĂ©velopper les exemples Ă lâenvi sans, je crois, amener plus au dĂ©bat. Il sâagit lĂ uniquement dâune attitude. Peu importe le sujet, les clivages ne sont jamais bons : je lâai dĂ©jĂ dit, ils empĂȘchent lâhumanitĂ© de progresser. Parce que je ne prends que rarement position, je suis tiĂšde ? Je ne crois pas ⊠PlutĂŽt curieux, curieux dâen savoir un peu plus, de cultiver mon bon sens, dâapprendre aussi Ă ne pas pouvoir tout savoir ⊠Et ce billet est plutĂŽt un coup de chaud, non ?
TrĂȘve de philosophie bon marchĂ©, il faut maintenant travailler Ă rĂ©duire ces clivages. La technologie nâest ici pas en cause : elle est neutre et ne dĂ©pend que de lâusage quâon en fait. RĂ©introduire la modĂ©ration dans nos vies serait un bon premier pas. PlutĂŽt que de vouloir convaincre lâautre sur un sujet des plus chauds, pourquoi ne pas commencer par chercher ce qui nous rassemble ?
Comme la crise climatique, les efforts doivent vraiment ĂȘtre partagĂ©s. Mais comme il est difficile de faire boire un ane qui nâa pas soif. Alors faisons, nous les premiers, des efforts : il ne sâagit pas de martyriser les minoritĂ©s, juste de diminuer lâimpact mĂ©diatique de leur dĂ©fense. Ils nâen auront dâailleurs plus besoin lorsque chacun dâeux se sentira Ă©paulĂ©, face Ă face et non par principe.



