Sujets de société

Mauvais état

Pour sûr, il l’est, en mauvais état. Mais c’est le même discours depuis la nuit des temps. Il ne faut surtout pas lui donner trop de responsabilités, car il finira forcément par en abuser. Imaginez ce qu’il pourra faire de ses privilèges si, un jour peut-être, un cinglé arrive au pouvoir. Vous rigolez ? Si la crainte est légitime, les responsabilités sont de notre côté. A moins d’une révolution de la rue, c’est moi qui élis mon gouvernement, directement ou indirectement. Et c’est vrai, cela est déjà arrivé que de cette manière des cinglés se retrouvent aux commandes. On est de toute façon tous les cinglés de quelqu’un … Mais faut-il pour autant empêcher l’état d’effectuer son travail régalien au nom d’une sacrosainte liberté ? Ce n’est pas le sujet ? Creusez un peu et vous verrez que les arguments qui ressortent sont généralement d’ordre liberticide. Et l’angoisse sous-jacente est la perte définitive de celle-ci.

L’émotivité aux commandes

Nous avons tous remarqué le niveau de passion que soulève ces débats. A mon sens, cette radicalité tient au fait que des sensibilités bien différentes se cachent derrière cette bannière. Que les détenteurs d’autres vérités sortent du bois : les arguments de nature éthique sont tout aussi honorables. Même s’il est parfois difficile de les défendre dans une société où la bien-pensance n’a qu’une seule couleur. Je pense ici notamment aux personnes qui refusent d’utiliser un médicament issu de la recherche sur des embryons avortés. Le débat n’est alors plus le même, surtout qu’il s’agit là souvent de conviction et non de faits. Oui, des convictions, pas des faits. Car les mêmes faits peuvent aboutir, selon les interprétations, à des conclusions diamétralement opposées. Il est souvent amusant d’assister, lors de débats télévisés, à des dialogues de sourds opposant deux camps déterminés ayant simplement une autre interprétation des mêmes faits. Ce sont des questions de foi, et ce n’est pas l’ambition de ce billet. Sortez du bois donc, cela nous permettra d’avoir un dialogue digne de ce nom, et non pas une impression d’incompréhension totale.

Les faux pas de l’état

Pour en revenir à notre état, mérite-t-il vraiment cette méfiance, cette suspicion ? Qu’a-t-il fait pour cela ? Notre état s’est trouvé plusieurs fois en porte-à-faux avec les libertés fondamentales, et ceci même hors des périodes de crise. Juste un exemple, le scandale des fiches (1989-1990) en Suisse. Pour info à celles et ceux qui, grâce à leur jeune âge, n’ont pas vécu ces événements, il s’est agi de la découverte, par une commission parlementaire, de l’existence de fiches concernant des citoyens et des associations lambda. Une preuve de l’état fouineur, en tout cas à l’époque. Ce genre de scandale n’est pas fait pour renforcer la confiance … A y regarder de plus près, et passée la première impression de dégout, qu’en est-il vraiment. A-t-il démérité et mérité les critiques ? Ou bien a-t-il été exemplaire en supprimant cette organisation « parallèle » ? Je me sens presque dans un cas de foi comme mentionné plus haut : il s’agirait d’interprétation différentes basées sur des faits identiques.

Les garde-fous nécessaires

Pas vraiment. Ce sont en fait les deux mon capitaine. L’état a dans ce cas failli, c’est indéniable, mais il s’est également corrigé. L’idéal eut été que ce scandale ne se produisit point. Mais un état n’est rien d’autre qu’un ensemble de personnes, donc imparfait. Sachant ceci, il est important de prévoir des garde-fous comme garantie d’intégrité. Une fois ceux-ci en place, il ne nous reste plus qu’à contrôler régulièrement son fonctionnement. La vigilance est certes de rigueur, pas le procès d’intention systématique. Cependant, cette vigilance est exigeante : il ne suffira pas de décréter qu’un personnage politique a de bonnes ondes pour le dédouaner de tous les contrôles nécessaires. Il nous faudra donc nous tenir au courant des dossiers pour être efficaces. Et là, les lobbys ne nous facilitent pas la tâche.

Les marchands de doute

En nous fournissant des vérités alternatives, ceux-ci tentent de semer un doute qui leur soit favorable. Les exemples du passé sont mémorables. Industrie du tabac prônant l’absence de preuves de la toxicité de la cigarette, industrie pétrolière niant la réalité du réchauffement climatique, ils sont passé maître dans l’art de la communication. Et pour cause, ce sont des organisations à bus lucratifs, pour dire le moins. Le marketing est donc un outil qu’ils maitrisent. Du côté des sciences, l’argutie n’est pas aussi appréciée … ou maitrisée. En partant de ce prédicat, une certaine prudence est de mise. Le doute étant à la science ce que la foi est à la religion, une vérité blanche ou noire devrait nous être immédiatement suspecte. Mais il s’agit là d’un autre débat et je vous renvoie à un billet qui parlait déjà du business de la désinformation.

Méfiance uniforme

Ce marketing est parfois d’une efficacité redoutable. Pour preuve, les réseaux sociaux en use et en abuse. Au point que nous sommes prêts à leur vendre notre âme, et à crédit. Les « fiches » pour ne prendre que cette exemple, ils n’ont pas besoin de fournir un effort quelconque pour les obtenir. Nous les leur fournissons tous les jours. Lieu de vacances, réunions, anniversaires, photos intimes, etc. Et pour pas un sou … L’état ferait-il pareil qu’il serait placardé de la belle manière. Nous le faisons volontairement, et cela est sensé être différent. Sommes-nous vraiment conscient de ce que cela implique ? Vraiment ? Nous pouvons donc nous promener dans la rue avec une pancarte mentionnant toutes ces infos et même … les photos … Pourquoi pas ?

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26 novembre 2021