Eglise locale

Clergé séculier, un modèle à suivre ?

En ce temps de pandémie, comme vous l’avez certainement remarqué, le baromètre de nos activités d’église est proche de zéro. Plutôt que de vous parler d’un encéphalogramme plat, je prends l’occasion de ce numéro parlant de notre vie sexuelle de chrétien pour proposer une piste de réflexion sur les scandales sexuels que subit notre église.

Sujet mille fois traité, peut-être, mais pas de cette façon. Je m’excuse d’avance auprès des victimes de ces abus pour la froideur de cet article. Il ne s’agit nullement de minorer leur souffrance ou leur douleur, mais de la relire dans une perspective sociétale. Pour rester factuel, j’ai dû transformer les drames humains en chiffres. Tout d’abord, un retour sur le nombre d’« affaires » qui sont ressorties ces dernières années. Selon la commission « Abus sexuels dans la pastorale », environ 104 enfants auraient été victimes de 72 prêtres entre 1950 et 2010[1] sur toute la Suisse. Ceci pour ne parler que des mineurs dans les différents diocèses suisses. Soixante ans vous paraissent peut-être une éternité, mais c’est oublier, un peu vite, qu’en 1977 Libération et Le Monde, deux journaux français connus et respectés, ont publié une pétition pour la légalisation de la pédophilie. Et si comparaison n’est pas toujours raison, les chiffres de l’OFS sont cependant édifiants : plus de 1000 cas hors église seulement en 2019. Malgré un retard certain à l’allumage, l’Église a réagi en dénonçant systématiquement ses membres pédophiles à la justice. En réponse à une lapidation par les médias ? Oui car lapidation il y a eu : aux États-Unis où ces chiffres sont plus facilement disponibles, 4000 articles concernant des scandales de prêtre ont été recensé contre 4 concernant l’instruction publique. Et ceci rien qu’au premier semestre 2002, dans les 61 plus grand journaux US. Étonnante démesure, car ce mal n’est malheureusement pas confiné à l’Eglise catholique. Pourtant, si celle-ci a effectivement des valeurs morales à défendre, qu’en est-il de l’instruction publique ?

Mais regardons plutôt le chemin parcouru. L’année 2002 a aussi marqué la première édition de la directive du Conseil des Évêques suisses[2]. L’Église y a mis au point des filtres pour éviter à des pédophiles de devenir prêtre. Depuis elle dénonce systématiquement les abus aux pouvoirs civils2. Elle impose et contrôle des règles de vie pour éviter ce genre de méfaits. Un exemple à suivre ? Pourquoi pas. Et par des institutions qui en sont encore au stade de l’audit et de l’ouverture d’une ligne verte pour les victimes. Pourquoi toujours cette méfiance de la part de l’état face à tout ce qui vient de l’église ? C’est pourtant de l’avenir de nos enfants dont il est question. Des réponses du style « je ne savais pas » ne sont plus acceptables dans la bouche de nos officiels. D’ailleurs Mgr Barbarin ne savait pas non plus … Lui a été cloué au pilori.


[1] Source Wikipedia : Statistiques des cas annoncés en 2018 d’abus commis dans la période 1950 -2018.

[2] Note pastorale de la Conférence des Evêques suisses « Abus sexuels dans le cadre de la pastorale. Directives à l’intention des diocèses »

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12 mars 2020